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Sur la route à Brocéliande. L'Eglise du Graal de Tréhorenteuc. -1-

Publié le par Perceval

La statue de l'abbé Gillard (1902-1979) nous accueille devant son '' église du Graal '' à Tréhorenteuc. Lui-même est arrivé ici en 1942. Démobilisé en 1940 vers Rodez, mal vu de sa hiérarchie, il prend sa nomination ici comme une sanction. L'autorité religieuse ne lui fait pas confiance sur le contenu de ses sermons... Un village mal desservi ; il compte à peine 150 habitants, et très peu fréquentent l'église. Une église en très mauvais état..

 

Pour l'abbé Gillard... Il n'y a pas d'opposition entre les grands mythes et la Parole qu'il doit enseigner … L'abbé se plonge dans l'étude des légendes du Graal : une relique mythique de la culture chrétienne... N'est-ce pas là la manifestation de l'esprit du lieu ? La forêt de Paimpont, identifiée à la forêt de Brocéliande des romans arthuriens ...

Le prêtre sait que, bien que christianisée, la légende du Graal est, à son origine, païenne.... Comme beaucoup de nos histoires …

L'église de Tréhorenteuc (carte postale années 50)

 

Pour redonner une vie spirituelle à sa paroisse l'Abbé Gillard décide de restaurer l’église, et d'en faire un lieu d’art, de beauté, de réflexion intellectuelle... Pour cela, il l'enrichit de signes et de symboles, fruits de sa Quête.

 

Le prêtre lance les travaux, en mobilisant la population. Il parle la langue des gens : le gallo ; il fait le secrétaire de mairie. Il consolide l'église, la met hors d'eau ; va chercher les pierres nécessaires au chantier...etc.. Trois ans... Il consolide le pignon, le mur du clocher, refait la sacristie, répare la toiture …

 

Je vais suivre le cheminement de notre guide : Elisabeth Cappelli, et entrer non par le porche sud ( seul ouvert …) mais par le portail ouest ( pour aller vers l'Orient...).

Le narthex nous accueille avant d'entrer dans la nef, et on se retrouve face à une poutre sur laquelle se trouve inscrit ''1,618'', le nombre d'or !

Je vous laisse creuser le sujet, mais Henri Gillard se passionnait pour la numérologie; il est l'auteur d'un ouvrage : '' La Mystique des nombres dans les Beaux-Arts''...

 

Cette maxime bardique du XIVe siècle : « enfant,, souviens-toi, si ce monde est à toi, l'autre monde est à Dieu. » : 52 lettres (nombre des semaines dans l'année) nous rappellent qu'ici, est figurée la limite entre le sacré et le profane ; et nous rappelle les deux sacrements chrétiens pour entrer dans l'Eglise : le Baptême ( à gauche, les fonds baptismaux) et la Pénitence ( à droite, le confessionnal).

 

Je passe vite, mais on se rend compte que l'abbé Gillard a mis au point toute une pédagogie de la foi chrétienne à l'aide du langage symbolique … avec pour principal attrait à Tréhorenteuc, l'évocation des légendes de la Table Ronde - et du Graal ( et donc, pour lui, l'Eucharistie...) en particulier -.

Après avoir pénétré dans la nef, nous apercevons face à nous dans le cœur les statues de Sainte Onenne et de Saint Judicaël.

Une femme à gauche, un homme à droite... Composantes féminine et masculine de légendes locales , plus tard christianisées...

Onenne est une figure celtique, en lien avec les oies, et l'eau … Son histoire rejoint celles des princesses inviolables …

Onenne est présentée comme la sœur de saint Judicaël, donc, la fille de Judaël roi de Domnonée, et de Pritelle. A l'âge de dix ans, elle quitte le château royal à l’insu de ses parents, et en chemin échange ses habits de princesse contre ceux d’une pauvresse de la lande bretonne, afin de ne pas être reconnue. En arrivant près de Tréhorenteuc, elle s'installe dans des ruines près d'une fontaine et en fait son ermitage. En sortant dans la campagne voisine, elle croise un jeune seigneur qui tente de l'enlever pour abuser d'elle et l’épouser. Onenne crie. Les canes (ou, selon les versions, les oies) qui se trouvent près d'elle en font autant et alertent des soldats et des paysans aux alentours, qui viennent la délivrer … Des versions plus récentes font intervenir l'attachement d'Onenne au culte de la Vierge Marie …

Henri Gillard, enrichit l'histoire, et Onenne meurt des conséquences de son agression, et est enterrée dans l'église de Tréhorenteuc.

 

 

  

Plusieurs vitraux dans la nef sont consacrés à Sainte Onenne.

Nous avançons jusqu'au Transept ( trans = par-delà, de l'Autre côté...). A gauche la chapelle de la Vierge ( toujours le féminin) et à droite celle de Saint Eutrope.

A droite, deux ondes, et un croissant de lune, sous le vitrail de la vierge.

A droite, Saint Eutrope est le patron de la paroisse de Tréhorenteuc.. ( et Onenne de l'église …).

Autre particularité, dans la sacristie, un vitrail avec une croix, qui ne craint pas d'être entourée d'un zodiaque … !

Le recteur de Tréhorenteuc a écrit un livre sur '' Le Secret du Zodiaque ''. Il établit une étude comparative de tous les zodiaques et se passionne pour toutes les ''correspondances '' qu'il peut faire entre mythes, figures, nombres … et littérature médiévale, par exemple... Il décèle une ''écriture idéographique'', sorte de langue qui fait de tout tableau ( en particulier ceux de son église...) une œuvre à déchiffrer...

A suivre ...

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